Ne rien vous cacher, j’ai longtemps hésité avant de prendre la plume. Quoi écrire, quoi dire que vous ne sachiez déjà ? Que les morts n’ébranlent plus la conscience des vivants, que les vivants sont souvent plus morts que les morts, que le martyre est devenu une nouvelle forme de vie, qu’il accompagne notre quotidien, nous tient compagnie dans les moments de détresse, qu’on y trouve même des motifs d’espoir… avant que la notice nécrologique ne s’allonge d’un nouveau nom.
Quoi écrire que vous ne soupçonniez déjà ? Que la « libanité » dont ils s’enorgueillissent si fort, qu’ils brandissent bien haut n’est qu’une « libanité » de pacotille, qu’elle est assujettie à leurs ambitions, aux alliances nouées sur les décombres du Liban-message.
Un Liban, monnaie d’échange dans le jeu cruel des grandes puissances, une pièce maîtresse dans le bras de fer irano-américain, dans la nouvelle guerre froide entre la Russie et l’Occident. Un mouchoir de poche qu’on utilise, essore et vide de sa substance, et qu’on renvoie à ses vieux démons une fois accomplie la mission qui lui a été dévolue.
En arrière-plan, dans un théâtre de comparses, des pantins désarticulés continuent de balayer du vent, livrent des batailles « donquichottesques » et tournent en dérision les constantes, les constituantes qui font la grandeur d’une nation.
Infortuné Liban pris dans le tourbillon de la realpolitik, qui s’imagine encore être le centre du monde alors qu’il n’est plus que le centre de convergence de tous les conflits régionaux.